révolté mais détendu

L’illusion occidentale face au retour de l’Histoire

Depuis la fin de la guerre froide, une partie de l’Occident a cru à une stabilisation durable du monde. La démocratie libérale s’était imposée comme modèle universel, le commerce international avait créé des interdépendances censées rendre la guerre irrationnelle, et les institutions multilatérales semblaient garantir un ordre pacifique.

La fin de l'histoire, une parenthèse

Francis Fukuyama avait formulé cette intuition avec éclat : la chute du mur de Berlin marquait non pas simplement la fin de la guerre froide, mais « la fin de l’Histoire » au sens hégélien — le triomphe d’un modèle sans rival crédible. Trente ans plus tard, cette thèse apparaît comme le reflet d’une époque plutôt que comme une loi universelle.

Les évolutions récentes rappellent que les rapports de force restent pleinement actifs. La Russie a relancé une guerre territoriale en Europe. La Chine conteste l’ordre international dans l’Indo-Pacifique. Les États-Unis eux-mêmes traversent des tensions internes qui questionnent la solidité de leurs institutions démocratiques.

L'erreur de catégorie

L’erreur occidentale a peut-être été de confondre une phase historique avec une destination finale. Le recul de la violence armée entre grandes puissances entre 1945 et 2022 était réel, mais il reposait sur un équilibre fragile — dissuasion nucléaire, interdépendance économique, hégémonie américaine — pas sur une transformation irréversible de la nature des États.

L'Histoire ne s'arrête pas. Elle prend des pauses, parfois longues, pendant lesquelles on oublie qu'elle peut reprendre.

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