Une démocratie ne meurt pas toujours dans le fracas d’un coup d’État. Elle peut s’éroder lentement, presque silencieusement, lorsque la loi cesse d’être un rempart pour les citoyens et devient un instrument entre les mains du pouvoir. Les institutions restent en place, les élections continuent d’avoir lieu, mais quelque chose d’essentiel se transforme.
L'érosion silencieuse
Ce phénomène — que certains politologues nomment « démocratie illibérale » ou « autocratie électorale » — se caractérise par la prise de contrôle progressive des contre-pouvoirs : tribunaux, médias, universités, sociétés civiles. Chaque étape est justifiée par une légitimité démocratique formelle. Les gouvernements concernés ont, dans la plupart des cas, été élus.
Mais l’élection ne suffit pas à garantir la démocratie. Une majorité peut voter pour réduire les droits d’une minorité. Un parlement peut voter des lois qui concentrent le pouvoir entre les mains de l’exécutif. La légalité et la légitimité ne sont pas synonymes.
Le paradoxe de la loi
Le paradoxe est que la loi elle-même devient l’arme. On ne supprime pas les institutions — on les transforme de l’intérieur. On ne censure pas la presse directement — on modifie les règles de propriété des médias. On ne dissout pas les tribunaux — on en nomme les membres de manière politiquement orientée.
La démocratie militante est celle qui se défend elle-même, qui reconnaît ses ennemis et refuse de leur offrir les outils de sa propre destruction.
Face à ces dynamiques, la question qui se pose est celle de la résistance institutionnelle. Une démocratie qui ne se défend pas disparaît. Une démocratie qui se défend trop fort risque de ressembler à ce qu’elle combat.